mercredi 26 juin 2013

New York-sur-Mer

Avec le beau temps, notre appartement s'est transformé en villégiature d'été. Fenêtres ouverte aux courants d'air, rideaux sous la brise, livre, et matins étirés sous la fraîcheur des platanes de la rue...
Et surtout, presque tous les jours la mer.
Quand le métro Q ne se fait pas attendre, l'océan est à vingt minutes. On saute dans un wagon à Cortelyou Road, on passe une quinzaine de stations aux noms familiers, Newkirk Plaza, Avenue M, Sheepshaed Bay, Brighton Beach, Aquarium, Coney Island. Et là, juste après les manèges, au-delà du "boardwalk"- la promenade - la plage.
Habiter à New York, et se sentir en vacances à la mer, ça peut sembler paradoxal, non?
C'est qu'on oublie que New York est une ville sur l'eau.

















































Noyé dans la forêt de building de Manhattan qui obstrue l'horizon, impossible de s'en rendre compte. Pourtant, entre l'Océan, les rivières - Hudson et East - les embouchures, les baies, les marécages, vraiment, l'eau est partout. 
Cela m'est apparu comme une évidence un jour d'octobre, pluvieux et venteux, où je m'étais rendu avec Noé (et Félix qui s'ennuyait un peu), à la porte ouverte d'un lycée pas comme les autres: l'école du Port (Harbor School).
Pour y aller, on avait pris le ferry pour Governor's Island où elle se trouve.
Noé avait tout de suite repéré cet établissement lors d'une "foire" aux lycées organisée à Brooklyn Tech, un des lycées les plus grands et plus cotés du "borough". Noé le plongeur avait flashé sur cette école prépare aux métiers de la plongée.
On peut aussi y devenir aussi capitaine de navire, concepteur de navires. Et sa filière biomarine emmène les élèves jusqu'à l'université.
La première année est commune à tous avec un enseignement de base portant sur la faune et la flore marine de New York. Les lycéens en profitent pour repeupler les colonies d'huîtres locales, un peu mises à mal, il faut bien le dire, par l'activité humaine environnante. Il répertorient les poissons et autres espèces aquatiques, d'ailleurs pêchées par les autochtones mais c'est pas sûr qu'ils les mangent...



Les gens, ici, vont au travail en bateau. Aux heures de bureau, le trafic des ferrys, entre le New Jersey et Manhattan ou Brooklyn et Manhattan, atteint un rythme stupéfiant. 
Certains, au départ de Brooklyn ou de South Ferry, se rendent à Governor's Island, cette île longtemps terrain militaire, où désormais se ruent les New Yorkais pour profiter de la plage et du point de vue à couper le souffle sur les gratte-ciel de Manhattan.





New York est un port, on l'oublie parfois, moins puissant et bien moins actif qu'il ne fut, mais encore présent.




Des quais de l'Hudson River, au Pier 88, on peut partir en croisière vers les Antilles, les mers du sud. Voici une arrivée de voyageurs que j'avais photographiée en novembre, juste après Sandy. Pendant l'ouragan, les gens étaient en voyage. Ils revenaient un peu inquiets:




New York a été construit sur des marécages. Un des plus grands s'appelle Jamaica Bay. C'est là que se trouve l'immense aéroport international JF Kennedy. L'autre jour, dans un jour local, j'ai lu que les autorités envisagent de construire des barricades autour des pistes parce qu'elles sont trop souvent envahies par les tortues qui sortent pondre leurs oeufs dans le terrain sableux des abords de l'aéroport...

Dimanche, les New Yorkais ont rendu hommage à la mer et ses habitants imaginaires. En un de ces carnavals délirants dont ils ont le secret, ils se sont ressemblés à plusieurs milliers (chiffres publiés: 750 000 personnes) à Coney Island pour la Mermaid Parade, le défilé des sirènes.

 Comme le défilé d'Halloween, c'est l'occasion de se lâcher. Chacun peut participer et se déguiser, en sirène, Neptune, méduse, ou poisson. 
On prend le métro en habits de fête et on se mêle à la foule sans autre forme de procès.
On rivalise d'imagination pour se faire remarquer, et on la joue super sexy, avec des costumes réduits au minimum.
Et surtout, on fait la fête! "Party!!!!", ils adorent ça, les New Yorkais.


Dans le métro.
En attendant le métro.
















mercredi 19 juin 2013

C'est la saison des "prom"

Elles parlent au téléphone d'un air enjoué, longues jambes couleur d'ébène au soleil, robes à paillettes, bleues ou crème, décolleté ravageur sur leur rondeurs naissantes. Elles ont sorti les talons doré, les encolures extravagantes, les strass et le lamé. Le maquillage. Les cheveux brushés.

Que font ces jeunes filles en fleur, croisées rue Cortelyou, à Brooklyn, en cette fin d'après-midi?
Elles attendent leur "date" (cavalier) pour se rendre à leur "prom".

Dans un magasin de Flatbush Avenue, photos de mon pote Charles Dominique.





"Prom"? Quésako ? C'est le raccourci de "promenade", le bal de fin d'année pour les élèves qui ont obtenu un diplôme scolaire.
A l'origine, la "prom" marquait la fin du lycée. Désormais, c'est tout ce que l'Amérique compte de gamin en fin de cycle qui est prise de la folie "prom".
J'ai même entendu parler de "prom" organisée à la fin de la maternelle!

En ce moment, dans l'avenue Flatbush, dans l'avenue Church, les boutiques débordent de robes à froufrous, de pompes à brides flashy et de costard-cravate.
Parce que la "prom", pas question d'y aller habillé comme un loqueteux.

Et je peux en témoigner: mon fils Noé, 14 ans, danse actuellement à sa "prom" de fin d'année. Il vient de finir le collège (ici, la "middle school" se termine un an plus tôt qu'en France, donc après la 4e), a réussi ("passed") dans toutes les matières, donc, il obtient son diplôme ("he graduates"). Donc, il a droit à la "prom".

Classe, mon fiston, non?

C'est sa première surprise "prom" party!

Ce qui veut dire, concrètement, une sorte de cauchemar pour les parents, surtout comme moi qui m'y suis pris au dernier moment because je n'étais pas trop au courant des us et coutumes.
Il a fallu trouver un tailleur et lui acheter un costume pas trop cher qu'il ne remettra sans doute jamais mais qui lui va super bien, et une cravate. La chemise a été prêtée par le collège.

Les chaussures... J'ai refusé de céder à l'injonction de l'invitation au bal qui disait: "Pas de baskets ou vous serez refusé à l'entrée". Je n'ai pas acheté de chaussures habillées, en cuir et qui le vieillissait de quinze ans - comment pouvait-il danser dans un tel carcan et quand les aurait-il re-portées?
On a pris un truc intermédiaire, genre Vans, gris clair et propres sur elle, on s'est dit que ça passerait.

Il était pas peu fier de son look trop classe.

Il est 19h33, Noé n'a pas appelé en mode SOS, il a dû être accepté au bal des débutants.

Back to France

On était venus ouvrir un resto en famille à New York.
On repart après un an, une expérience unique, riches d'une deuxième langue, d'une deuxième culture, d'un autre chez-nous sur Terre, mais pauvres comme Job. La ville du billet vert a eu raison de notre projet. On n'a plus un rond. On rentre.

"God is broke", dit le musicien Bobby Womack dans un de ses disques. Même Dieu est fauché dans ce pays!

Et en effet, pour ouvrir un resto a New York, il faut:

-De l'argent. Beaucoup d'argent. Des investisseurs convaincus. On n'en avait pas assez.

-Du temps. A moins d'ouvrir un boui-boui à peine légal dans un ghetto de East Brooklyn, chercher un local (il faut un broker, c'est-à-dire un agent immobilier qui travaille pour soi, nous on n'en avait pas), signer le bail (ça peut prendre plusieurs mois en aller-retour entre avocats, le bail étant considérablement épais), donner quelques dessous de table en liquide, vérifier que le bâtiment soit bien adapté à l'activité resto, aux normes incendie, aux normes sanitaires, demander les permis de construire, les autorisations de vendre de l'alcool, tout cela dans des administrations réparties façon puzzle dans cette ville tentaculaire...
Cela peut prendre des mois et des mois. Parfois plus d'un an. Parfois trois, de l'idée à la réalisation. Pendant ce temps, il faut vivre, donc pouvoir tenir financièrement.

-Des papiers pour travailler. Il y a ceux qui permettent de bosser  sans conditions, et ceux qui limitent sérieusement la recherche d'emploi. Peu de visas autorisent vraiment à travailler tous azimuts. Le mieux étant évidemment d'être résident. Ou d'avoir une carte verte, presque l'équivalent de la nationalité américaine, le Sésame. Nous, c'était visa, un plutôt bon, mais trop limité.

-Une capacité d'adaptation à la façon de manger américaine, et surtout, à la façon new yorkaise d'aller au resto. Un rituel différent de celui des Français, mais qui fait loi. Service surdimensionné (c'est possible puisque les serveurs sont payés au pourboire), extrêmement attentionné. Accueil, ambiance (en général: bougies, donc on ne voit pas ce qu'on mange, et musique à donf, donc on entend pas son voisin), déco soignée (ils sont très forts en vintage brique/fer/verre).
Des produits pas toujours top mais très bien arrangés. Beaucoup de choses pas trop cuisinées, genre sandwich amélioré ou salade avec un rien de je-ne-sais-quoi.
Et surtout, des classiques que le client peut retrouver à chaque fois qu'il vient, quelque soit le moment de l'année et l'humeur du patron, et réalisés exactement de la même manière d'une fois sur l'autre. Genre: "mac and cheese", c'est-à-dire le simple macaroni and cheese de l'enfance, mais exécuté exactement comme ils s'en souviennent. 

- Pour pouvoir tenir sans revenus immédiats, le budget perso prend une importance considérable. Surtout pour une famille de cinq comme la nôtre. On ne venait pas d'un pays où on crève la dalle, et, à 45 ans, on était habitués à un certain niveau de vie. Nos enfants aussi. Impossible de couper dans toutes les dépenses (plus de ciné avant deux ans!) ou de vivre à cinq dans deux pièces, comme certaines familles dans notre quartier, venues des Caraïbes, du Tibet ou d'Amérique latine, pour lesquelles vivre à New York, quelques soient les conditions, est déjà un luxe en soi. Nous, assurance médicale comprise (2000 $ par mois) et loyer dans les 3000 $, il nous fallait  gagner minimum 8000 $ par mois.

- Rester soudés, quoiqu'il arrive.

Bref, la marche était trop haute.

Une des profs de science de Félix, ignorant qu'il rentre au pays, le louait l'autre jour dans ces termes: "Félix a tellement progressé en anglais que dans quelques temps, les gens croiront qu'il est né ici."
Eh, oui, mes enfants ressemblent aux gamins d'ici. Casquette sur la tête, "check" (taper dans la main) aux potes qui passent dans la rue, "hi" (hello) aux camarades d'école avec juste un petit geste de la main, vocabulaire ad hoc...

Fidèle lecteur, ne désespère pas, cependant. J'ai encore plein d'histoires à raconter avant notre départ, le 1er juillet. 
Reste branché sur mon blog. "Stay tuned", comme on dit ici.

mardi 11 juin 2013

La science au coeur de l'école

La nuit de la science, à l'école PS 139, celle de Félix, c'est pas rien!

Depuis quelques années, c'est même devenu un des événements majeurs de l'établissement de notre quartier, 1000 élèves, pourtant pas spécialement favorisé et qui compte un des plus grands nombres d'écoliers "ELL", c'est-à-dire English Langage Learners - bref, qui ne parlent pas anglais. A PS 139, la mixité sociale, ethnique, culturelle, du Mexique à Haïti, en passant par le Tibet, fait l'admiration des progressistes, c'est dire!

La science, aux États-Unis, sert énormément de moyen d'apprentissage et d'image de marque dans les écoles. La science, et l'art.

Deux mascottes accueillaient les participants.

La fête se tenait aujourd'hui, de 16h à 20h, à tous les étages, dans toutes les salles de classes, le gymnase accueillant l'essentiel du travail des élèves: leurs projets de classe ("science projects").



Certains ont travaillé sur le mouvement, d'autres sur la vie des plantes, les ouragans - en s'appuyant sur la tempête Sandy - ou les pluies acides.




Le succès du "gym" avait beaucoup à voir, aussi, avec les maquillages et personnages en ballons gonflables que l'on pouvait y trouver.


 


Mais pour une fois, il n'y avait pas les stands de bouffe et de sodas qui ne manquent jamais de ponctuer les manifestations familiales. Bon signe!

Le reste était à l'avenant : du vrai bon boulot pédagogique pour les enfants et par les enfants de toutes les classes. L'exemple le plus remarquable: la salle des inventions.

Les enfants qui le souhaitaient pouvaient produire une invention de leur choix et la présenter.

Parmi les bonnes idées, un lavomatique où l'on peut se distraire pendant que son linge se lave (en maquette), un photocopieur facile à utiliser, un piège à souris super perfectionné… Et puis des "bouncing speakers", baskets rebondissantes, une super idée de Félix.
Sur l'explication du but de son invention, il a écrit que ces chaussures sont très pratiques pour faire des smashs ("dunks") au basket. Et c'est vrai!
Ces inventions font l'objet d'un concours dont nous connaîtrons les résultats cette semaine... L'attente est insupportable.


La salle des inventions.
Félix et ses "bouncing sneakers"



La lampe à commande à distance.

On pouvait aussi recréer l'habitat naturel de certains animaux, apprendre tout sur les perroquets avec un vrai de vrai et son maître, mieux connaître les chouettes, faire des oeuvres d'art avec du matériel recyclé... Une équipe du zoo de Prospect Park apportait ses connaissances.

A la cafèt, un planétarium gonflable pour tout comprendre des étoiles et constellations. On y entrait par une petite galerie toute sombre, magique.

Quand je suis retournée à l'auditorium, le coeur battant de l'école, là où les classes se regroupent le matin avant de se rendre dans leur classe le matin, où les gosses regardent un film à la récré dès qu'il pleut, où ont lieu les réunions de parents, où sont données les discours et les concerts, une bande de profs chantaient en karaoké.

C'était juste avant que ne commence le show des reptiles, sur la scène: un type d'une asso du New Jersey, qui récupère ce genre de gentilles bébêtes chez les proprios dépassés (ben oui, ça grandi un bébé alligator!), a présenté à une salle comble, pleine de gamins et de leurs parents, un boa constrictor, une tortue à carapace molle, un alligator de Floride...
Bon, on voit pas bien, mais là, il a le boa constrictor sur l'épaule.

Tout le monde enchanté et baba, moi la première, de voir une école proposer ce genre de show, plus fréquent dans les parcs animaliers de Floride.
Au pays de la sécurité à tout prix, ce n'est pas le moindre des paradoxes. Tant mieux.


Et voici quelques photos de l'intérieur de l'école:





vendredi 7 juin 2013

Des détritus et des mouettes




















Je suis toujours aussi étonnée du nombre de papiers gras qui décorent les rues ou les plages de Brooklyn dès que le vent se lève - et même parfois sans vent.

De nos jours, Manhattan reluit, propre comme un sou neuf - tourisme oblige. 
Mais ailleurs, j'ai parfois l'impression de marcher sur les trottoirs d'un pays en développement, un des ces pays où les ordures en liberté sont vraiment le cadet des soucis des habitants, préoccupés par bien d'autres problèmes.

Hier, à la plage de Coney Island, rebelote.

Alors que je me pelotait dans un coin de banc, face à la mer, contre le vent, une mouette empêtrée dans un sac en plastique Dunkin Donuts (vous savez, là où tous les flics américains achètent leurs célèbres donuts dans les séries télé) a attiré mon attention.

Et voilà ce que j'ai vu, un peu plus loin, sur le sable :








 Des déchets et des mouettes, des mouettes et des déchets !!!

Cette plage, je l'ai vu il y a quelques semaines avant que la saison d'été n'ouvre, et elle était nickel.



 Alors, moi, j'ai une théorie: c'est la faute des poubelles (pas seulement, mais quand même).
Comme on peut le constater sur la photo ci-dessous, leur partie supérieure est complètement ouverte et les côtés sont ajourés, laissant passer les papiers et s'envoler les sacs ou les verres en carton.


Ce type de poubelles est utilisé partout dans New York, dans ma rue également, et c'est une vraie plaie.

Sur mon banc, tout en me caillant, j'écoute les conversations. Elles tournent presque autant autour de l'augmentation annuelle des loyers - totalement irrationnelle ici - qu'autour du mauvais temps :
-Qui croirait qu'on est en juin? D'habitude, à cette époque, il fait une chaleur de folie! C'est quoi ce truc?
-Réchauffement planétaire, mon vieux, "global warming"...

Aujourd'hui, il pleut des cordes, une alerte aux inondations vient  d'arriver sur les téléphones portables - oui, je sais, en France il fait SUPER CHAUD!
Des sacs plastiques au réchauffement, ça sent le roussi pour l'environnement.



mercredi 5 juin 2013

Tous les voyages de Le Corbusier


J'ai découvert un autre Le Corbusier, aujourd'hui, au Moma (musée d'art moderne). 
Je savais cet architecte, né en Suisse et devenu Français, de nature modeste, assez discret. C'est confirmé par l'expo qui va s'ouvrir le 15 juin (jusqu'au 23 septembre), une énorme expo, la plus grande jamais réalisée à New York sur lui. 
Petit, provincial, c'est ainsi qu'il a commencé, dans le Jura, ville moyenne de La Chaux-de-Fonds, paradis de la montre suisse où ses parents l'envoient faire l'école de dessin du coin dans l'espoir qu'il décore les toquantes. 
Gouaches délicates, paysages de ses montagnes natales... MAIS...

 





... MAIS le jeune Charles-Édouard Jeanneret (son vrai nom) devient très vite ce qu'il fut toute sa vie: un voyageur. Un routard de la baraque. Un avaleur de kilomètres. Un bouffeur de paysages.

Et ça, je n'avais pas compris à quel point.




Il conçoit sa première maison à 20 ans, puis file sur les chemins d'Europe. Italie, Vienne, étude des villes allemandes, Postdam, Munich, Berlin, puis Athènes et l'Acropole qui se retrouvera dans plein de ses travaux sous la forme d'un cube blanc.
Il découvre le béton à Paris, le béton, son matériau fétiche, prend son pseudo, donne dans le cubisme (honnêtement, pas ma partie préférée de l'expo...). Paris où il s'établit, va dans les musées, dessine les bâtiments et les environs. Paris où il conçoit des "villas appartements" et des demeures pour riches: la Villa Church, à Ville d'Avray, est la première maison meublée par Charlotte Perriand, lui-même et de son cousin Pierre Jeanneret. Un paysage intérieur.

Pour lui, les maisons sont "des machines a vivre" mais aussi des lieux à partir desquels regarder dehors, des "chambres claires".

A la fin des années 20, il prend un envol plus magistral, s'imprègne des paysages, se fond dans les horizons. Immensité de Moscou, Genève, Rio, le Chili, Barcelone. Il prend les pierres des terrains à construire pour en faire ses maisons. Abandonne ses toits plats pour des toits en carrelage dont les angles rappellent les montagnes au loin.


Ses projets urbains sont boudés en Algérie, le bâtiment des Nations Unies de New York lui passe sous le nez, mais il a sa revanche, après la guerre. Il bâtit toute une ville, la nouvelle capitale du Punjab, en Inde : Chandigarh. Pour cette tentaculaire création, il utilise ses observations de l'ancienne Rome.

Maquettes de bâtiments public pour Chandigarh.
Jean-Louis Cohen, le conservateur associé de l'expo, estime que Le Corbusier est "le premier architecte global. Il voyage partout, observe les villes et les problèmes qu'elles posent, il est capable de travailler avec plusieurs matériaux, des aquarelles, des esquisses, des photos, des maquettes. Il est un des premiers à associer dans une même expression les termes "urban" et "landscape", le paysage urbain".

La villa de Mandrot, au Pradet. 







De retour en France, il retourne sur les bords de la Méditerrannée, qu'il chérit.

Là, spéciale dédicace, deux choses que j'adore: 

1.- l'expo montre son "unité d'habitation" à Marseille, la "cité radieuse", qu'il conçoit à cette époque. Il y a plusieurs années, j'ai dormi avec ma famille dans l'hôtel que comprend l'immeuble, il y avait une chaise longue Le Corbusier authentique, en cuir, et l'hôtesse avait fait la grimace en voyant mes trois gamins sauteurs. Les gamins en question étaient d'ailleurs allés se baigner sur le toit, dans la petite piscine montrée en photo dans l'expo:

La piscine sur le toit, un des tirages panoramiques du photographe Richard Pare qui ponctuent l'expo.
Intérieur de son "unité d'habitation" marseillaise.

2.- à la fin de sa vie, Le Corbusier s'est retiré dans un cabanon sur la côte de Monte-Carlo, un cabanon à la marseillaise, avec une seule petite pièce en bois mais tout ce qu'il faut dedans. L'expo a reconstitué l'intérieur avec les meubles d'origine (c'est un des quatre intérieurs reconstitués par le musée). Et ça donne vraiment trop envie d'aller se dorer la pilule au milieu des cigales!


Son cabanon sur la mer.

mardi 4 juin 2013

Le rap de New York pousse à Flatbush













Chose promise... Voici quelques extraits du concert de SNoe Noé, mon fiston, donné jeudi au Brooklyn College (Université de Brooklyn).
Son groupe d'intitule "The Enlightment". Il est composé de jeunes de 14 ans: CeddyJay, Skylar PH, KJ, Kevaughn Nugent, Klipa Don Samuels et, bien-sûr, SNoe.


SNoe au rap...

... et à la batterie.

Je vous laisse imaginer l'émotion qui a saisi toute la famille - à peu près les seuls blancs de toute l'assemblée - quand nous avons découvert SNoe en rappeur aguerri, en plus du batteur que nous connaissions déjà.

Asso pour les kids. Le groupe a été constitué au sein d'une organisation absolument géniale, le BCCP (Brooklyn College Community Program), qui offre à tous les kids du quartier élèves en middle school (collège), la possibilité de venir trois après-midis par semaine faire de la musique, de la danse, du théâtre et des arts plastiques.





Il est financé et soutenu par le Brooklyn College, les activités ont lieu dans ses murs (un ancien gymnase transformé en studio artistique avec des graff partout, un studio d'enregistrement et de mixage, des ordinateurs pour faire les devoirs... ou autres, et même un terrain de basket pour se défouler en street basketball), et les animateurs sont détachés du corps enseignant.

Des animateurs totalement à l'écoute des jeunes auxquels ils donnent la possibilité de s'exprimer librement, dans les limites de la correction et du respect, qu'ils accompagnent dans leurs choix, dans leur créations, et qu'ils entourent d'autant d'affection que des grands frères/grandes soeurs.






Quartier. Et, chose ultra rare à New York, c'est gratuit. Important dans un secteur, celui de Flatbush, où le niveau de vie confine souvent à la pauvreté. Flatbush, c'est une mosaïque de communautés africaine-américaine et caribéennes (Haïti, Jamaïque, Rép. Dominicaine, Trinidad and Tobaggo, les Antilles...) d'une richesse folle, où les gens continuent d'affluer en masse dans des appartements pas très grands où habitent déjà l'oncle, le cousin...
Noé s'est éclaté pendant un an à apprendre comment produire et mixer, rappel, etc. Et il s'est fait plein d'amis.

Creuset du rap. Ce que vous voyez dans ces vidéos, c'est un morceau de la scène rap new yorkaise d'aujourd'hui.
Pardonnez la qualité du son, et même de l'image, on fait ce qu'on peut avec un iPhone...
Mais les jeunes filmés là ont déjà une sacrée expérience en matière de street music!
CeddyJay, par exemple, le petit gars qui rappe dans la deuxième vidéo, tourne déjà en concert. Il a un agent, un producteur. Et publie des clips. 
Joey Badass, 18 ans, rappeur déjà fameux, est allé à l'école à Murrow High School, section musique, située dans le coin - l'école où Noé avait été accepté pour l'an prochain.
Ils sont du quartier, ce morceau méridional de Flatbush, une avenue sans fin qui dégringole du Nord-Ouest de Brooklyn (à partir des ponts de Brooklyn et Manhattan) vers le Sud-Est et la côte, cette zone, entre Church Avenue et Brooklyn College, le long de Flatbush Avenue.

Loin des bobos. Il a quitté les quartiers de Clinton Hill ou Williamsburg, devenus trop "bobos", pour ces zones moins riantes, restées plus "ethniques", authentiques.
Les anciens ghettos où régnaient, dans les années 80 et 90, Notorious B.I.G., Jay-Z, Mos Def et tant d'autres, ont vu pousser les marchés fermiers, les boutiques de cupcakes et les magasins de vélos. Le prix des loyers y atteint des sommets.
A l'autre bout de Flatbush, les églises évangéliques côtoient les marchands de jerk chicken (poulet épicé) des Caraïbes, les magasins de vêtements donnent dans les paillettes. Y trouver un coffee shop avec le moindre expresso relève du défi.
C'est là que grandissent désormais rap et hip hop, dans la mixité des cultures et des expériences. Dans le creuset du voyage et de l'immigration.